Les marchés boursiers

Avec le marché, la meilleure défense, c’est l’attaque

Alors que le bilan du Coronavirus ou COVID-19, comme les scientifiques ont décidé de le baptiser, continue d’empirer, les marchés continuent de monter. On a presque l’impression que plus ça empire au niveau des chiffres, plus les investisseurs sautent dans le train et poussent les indices vers des plus hauts historiques.

La semaine qui vient de s’écouler n’aura pas été euphorique, puisque que l’on sent bien que les gens conservent une vision ultra-court-terme et personne ne semble enclin à conserver des engagements démesurés durant le week-end.

Les acheteurs achètent

Pourtant, même si les acheteurs continuent d’acheter, ce ne sont pas les appels à la méfiance qui manquent. Le virus a infecté plus de 70’000 personnes et 1’600 sont mortes – selon le bilan de dimanche dernier à 11h00 – et même si aujourd’hui, nous ne semblons pas être dans la même panique qu’il y a trois semaines, les angoisses arrivent d’ailleurs. En effet, alors que le gouvernement chinois continue d’injecter des milliards dans l’économie pour empêcher le système de caler complètement, les mises en quarantaine de millions de personnes et –in extenso – d’usines et autres sites de production, commencent à menacer non-seulement l’économie chinoise mais également le reste du monde qui pourrait s’arrêter de fonctionner, faute de pièces ou de composants en provenance de la Chine.

L’insensibilité du marché

La question que l’on peut se poser est : « mais pourquoi le marché ne réagit il donc pas ?». Il n’est pas simple de donner une réponse, puisque la logique dans laquelle nous sommes depuis des mois nous pousserait plutôt à tirer d’abord et à poser les questions après. Mais si l’on devait poser un jugement, j’aurais tendance à penser que nous sommes déjà en train d’anticiper la fin de l’épidémie et que les investisseurs et autres intervenants ne veulent pas prendre le risque de se retrouver sous-investis le jour où ça redémarre comme avant.

Encore une fois, les marchés sont en train de tenter de jouer avec un coup d’avance. Un coup d’avance sur le virus qui va bien finir par se faire avoir par la médecine de l’homme. Non, le plus gros risque que l’on a devant nous c’est que ça dure. Que les usines restent fermées et que les plus grosses industries occidentales commencent à ne plus pouvoir fournir les consommateurs exigeants et pressés que nous sommes.

Imaginons…

Imaginez qu’Apple ne puisse plus fournir d’iPhone 11, que nous ne puissions plus passer nos journées sur nos smartphones comme d’habitude, que nous soyons obligés de nous contenter de nos « vieux et pathétiques » iPhones X…

Imaginez que votre nouvelle voiture que vous avez commandé pour septembre et que vous attendez déjà religieusement depuis 3 mois, ne soit plus livrable dans les délais parce que l’on n’a plus les pièces en stock pour la finir… et des exemples comme ça, il y en a encore des tonnes.

Non-seulement l’Occident sera en panne mais en plus ce que l’Occident vend en Chine sera mis en difficulté parce que les Chinois préfèrent rester cloîtrés chez eux que de prendre le risque de choper une grippe carabinée pour aller acheter un sac à main Vuitton ou la dernière Rolex.

En gros, si la situation venait à durer ou à perdurer, il y aurait un double effet « kiss-cool » ou un effet ciseau, qui pourrait planter nos industries chez nous par manque de fournisseurs et d’un excès de dépendance chinoise. Mais en plus, la raréfaction du consommateur chinois pourrait également avoir des conséquences désastreuses sur les chiffres du trimestre prochain ou même sur le PIB chinois.

On coupe, on coupe et on réduit

En tous les cas, les « experts en finance » s’en donnent à cœur joie. Il n’y a pas une journée qui passe sans que quelqu’un vienne nous prévenir qu’il y aura un ralentissement, que le PIB chinois est mort (ou presque), que la consommation chinoise n’est plus qu’un doux rêve et qu’à la fin ça va nous coûter cher. Et pourtant, les marchés continuent leur marche en avant, mais …  jusqu’à quand ?

Il est bien évidemment très difficile d’y répondre, mais je crois qu’actuellement, nous avons tellement raté la hausse depuis des mois et des années que l’on se dit que l’on ne veut pas rater ce mouvement « post-épidémie » et nous sommes donc en train d’anticiper l’annonce de l’OMS qui va venir nous dire : « c’est bon, on l’a eu !!! ». Mais ce qui pourrait nous faire vraiment du mal, c’est le fait que l’OMS ne vienne pas nous faire cette annonce et que nous ne puissions plus envisager de voir la fin de cette crise dans les mois qui viennent.

Le marché dans la parabole

Le marché est dans une espèce de parabole ascensionnelle qui pourrait se briser d’une seconde à l’autre. Il ne suffirait de pas grand-chose pour déclencher cette cassure et le risque reste relativement élevé. Nous sommes dans une phase que l’on n’a que très rarement vu dans le passé ; une espèce d’euphorie latente de fin de bull market et en même temps, la peur d’un ralentissement économique évident que l’on refuse de voir arriver, car on croit que les banques centrales vont encore une fois nous sauver la mise.

En conclusion, pour le moment tout va bien parce que nous « surfons » encore sur la vague de l’espoir, mais si quelque chose venait à briser cet espoir, nous serions encore une fois capables de tourner la veste plus vite que l’éclair – c’est aussi pour cette raison que nous conservons une vision à court terme et que personne n’a envie de rester sur-engagé à la veille du week-end.

Performance des indices boursiers

Il est extrêmement difficile d’identifier ce qui pourrait sonner la fin de cette hausse délirante au regard des publications alarmistes sur le COVID-19 ou des mises en garde répétées par les autorités. Il n’y a que le fait que « tout cela dure un peu trop longtemps » qui pourrait faire craquer les acheteurs, ou alors simplement une déclaration encore plus grave de la part des autorités. Nous sommes donc dans une zone dangereuse que l’on ne peut pas négliger.

« All-in » dans la technologie

De plus, ces derniers mois la dominance du secteur technologique n’a pas cessé d’augmenter – un peu à l’image de ce que l’on a vécu en l’an 2000. Il y a 20 ans, la seule chose que l’on voulait avoir dans nos portefeuilles étaient des actions technologiques ou des « dot-coms ». Aujourd’hui nous ne sommes pas loin de ça, comme l’indique le graphique publié dans le Financial Times la semaine dernière (ci-dessous). En effet, il est évident qu’avec une Apple qui représente 5% du S&P500 à elle toute seule on peut se poser des questions.

De ce fait, il n’y a pas besoin d’avoir une « monstrueuse expérience » pour se rendre compte que l’on s’approche dangereusement des niveaux que nous avons connus (et pris en pleine figure) en l’an 2000.

Graphique représentant la dominance de la technologie – Source : Refinitv – Financial Times – 11 février 2020

Le cumule des grosses sociétés

Actuellement, si l’on cumule les capitalisations boursières des 5 plus grosses sociétés du S&P500 à savoir ; Apple, Google, Facebook, Amazon et Microsoft, nous avons déjà 18% de l’indice. Le Magazine Fortune se demandait même si nous n’étions pas en train de fabriquer la meilleure recette pour un krach. Si l’on regarde les pondérations de l’indice S&P ces 40 dernières années, il y a toujours eu une certaine diversification au travers des différentes industries. Aujourd’hui, en 2020, il n’y en n’a plus.

Alors oui, on peut peut-être se demander si ce n’est pas dans l’air du temps, que l’époque n’est plus la même et que la technologie prend tout simplement la place qui est la sienne dans le monde dans lequel nous vivons actuellement. Cela reste cependant des signaux que l’on peut considérer comme « alarmistes » et que l’on ne peut pas, que l’on ne DOIT pas ignorer. Je reste convaincu que le krach n’est pas encore pour demain matin, mais disons que l’on commence à entrer dans une espèce d’euphorie qui marque la fin d’un cycle.

MAIS l’euphorie du marché dure parfois plus longtemps que ce que l’on pense…

Plus que jamais, il est important de savoir ce que l’on achète et pour quelle durée. Connaître nos objectifs d’investissements n’a jamais été aussi important. Si vous décidez de suivre le mouvement actuel des marchés « parce que c’est ce que tout le monde fait » – il est important de déterminer des scénarios et de s’y tenir.

Ce genre de marchés ne sont vraiment pas des marchés dans lesquels on peut se permettre d’avoir des investissements court-termes qui se transforment en positions long terme.

À titre informatif, ci-dessous vous pouvez observer la composition des plus grosses capitalisations du S&P500 au travers des décennies passées. Observez attentivement comme nous avons de moins en moins de diversification :

Capitalisations boursières du S&P500 à travers les années  – Source : Ben Carlson  Fortune – S&P Dow Jones Indices

Quoi qu’il en soit, nous sommes au plus haut de tous les temps et alors que l’on nous rabâche à longueur de journée sur l’importance de la diversité et de la mixité dans à peu près tous les sujets, la finance mondiale fait exactement l’inverse dans ses choix d’investissements.

S&P500 au plus haut de tous les temps

Quelle meilleure illustration de la semaine qui vient de s’écouler que notre traditionnel graphique du S&P500 qui bat de nouveaux records. L’angoisse est là, les doutes nous oppressent et pourtant ça monte.

Graphique du S&P500

Ce qu’il y a de bien avec ce type de configuration graphique, c’est qu’il n’y a pas de commentaire à faire. Ça monte, il n’y a pas de résistance et le marché ne peut plus qu’être son propre ennemi.

Quels sont les secteurs à risque à cause de la Chine ?

Comme mentionné plus haut, la crise du Coronavirus pourrait donner un immense coup de frein à la production et la croissance chinoise, mais aussi à certains secteurs en occident.

À mesure que la production reprendra, les gestionnaires de fonds chercheront des opportunités, mais de manière sélective. Les sociétés qui ont la chance de pouvoir fixer leurs propres tarifs pourrait ainsi compenser le retard accumulé assez rapidement. Cependant, les entreprises les plus faibles pourraient voir leurs marges se détériorer, et celles qui ont beaucoup de charges pourraient avoir du mal à y parvenir même une fois que le virus ne sera qu’un souvenir.

Dividendes élevés avec un flux de trésorerie élevé

UBS Global Wealth Management a fourni une liste à ses clients, favorisant les payeurs à dividendes élevés avec un flux de trésorerie élevé tout en évitant les entreprises vulnérables en Asie. Voici quelques-unes des sociétés ou secteurs que les analystes et les gestionnaires de fonds surveillent.

Globalement, on va donc se méfier des sociétés qui sont directement dépendantes du consommateur chinois, le secteur de l’alcool a, par exemple, été fortement impacté ces dernières semaines, puisque la semaine du Nouvel An chinois n’a pas été aussi festive que d’habitude pour les raisons que l’on connaît. Des compagnies comme Diageo, ou Budweiser APAC, ont perdu des plumes ces dernières semaines et la récupération ne sera pas simple.

Et le secteur industriel ?

Je ne vous parle même pas du secteur industriel qui est à l’arrêt depuis plusieurs semaines. Les compagnies aériennes et les hôtels vont également passer à la caisse pour des raisons évidentes – on citera notamment Delta Airlines ou Wynn Resorts.

Et puis, évidemment il y aura la technologie et les semi-conducteurs qui pourraient subir un impact prononcé, Goldman Sachs pense que c’est d’ailleurs le secteur qui en souffrira le plus. La seule chose qui pourrait sauver le secteur ou tout au moins l’épargner sera une résolution rapide de la crise.

Qu’attendre du marché cette semaine ?

La semaine qui nous attend sera forcément un peu sous le signe du Coronavirus. Mais il y aura aussi les chiffres du ZEW en Allemagne et en Europe. Puis les communications du dernier FOMC Meeting et du dernier Meeting de la BCE.

Ces deux dernières publications ne devraient pas changer grand-chose à la photo actuelle, mais on ne sait jamais. Il suffirait qu’un analyste interprète un truc bizarre là-dedans pour que l’on ait un peu de volatilité.

Il y aura aussi les Philly Fed et les Manufacturing PMI’s un peu partout. En ce qui concerne les chiffres trimestriels, il n’y aura plus grand-chose, le gros étant dehors depuis longtemps – donc concentrez-vous sur les communications de l’OMS, c’est peut-être là que quelque chose peut se passer.

Passez une excellente semaine.

Date : 17 février 2020

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